L’adversaire, l’histoire de Jean-Claude Romand

En 2002, le film L’Adversaire avec Daniel Auteuil sort au cinéma. Il retrace la vie de Jean-Marc Faure, un homme qui a passé sa vie à faire croire qu’il était médecin à l’OMS. Mais un jour, son imposture est sur le point d’être démasquée. Afin de ne pas perdre la face, il préfère tuer sa femme, ses enfants et ses parents. Puis il tente de se suicider en avalant des comprimés et en mettant le feu à sa maison. Il sera sauvé in extremis. Dès lors pour ses amis, pour ceux qui l’ont côtoyé, c’est la stupeur.

L’histoire vraie de Jean-Claude Romand

Le film est tiré de l’œuvre d’Emmanuel Carrère L’Adversaire. L’écrivain a assisté des années auparavant au procès du faux médecin. Car l’histoire dont il a tiré son récit est celle de Jean-Claude Romand. L’affaire est revenue sur le devant de la scène en février 2019. Il se posait alors la question de la remise en liberté de l’auteur du quintuple meurtre perpétré en 1993.

Le médecin découvert dans sa maison en flamme

Le lundi 11 janvier 1993 au matin, les pompiers ont découvert trois morts et un blessé inconscient. Les faits remontent au samedi 9 janvier 1993. Celui qu’on croyait médecin a finalement assassiné sa mère, son père, sa femme et ses deux enfants, Caroline et Antoine. Puis dans un geste désespéré, il a tenté de se suicider en mettant le feu à sa maison après avoir avalé des médicaments. Mais les voisins avaient prévenu les pompiers et il avait pu être sauvé. 

Daniel Auteil, dans le rôle de Jean-Marc Faure, inspiré du célèbre faux médecin

Une affaire hors norme

L’affaire Jean-Claude Romand est l’une des affaires les plus fascinantes d’après guerre. Elle touche à l’humain dans ce qu’elle a de plus intime et de plus horrible. Au départ, on imagine un banal incendie domestique. Mais l’un des pompiers remarque que le crâne de la femme porte une trace de coup qui lui a été fatale. Au départ, Jean-Claude Romand nie, invente et réinvente les faits. Mais après sept heures d’interrogatoire, il reconnaît avoir défoncé le crâne de son épouse et avoir ensuite tué ses enfants. « Je suis un monstre« , c’est ainsi qu’il se définit. « C’est vingt ans de mensonge qui prennent fin en une journée sanglante » déclareront les journalistes. 

Jean-Claude Romand, cet imposteur

Après avoir révélé les faits, le voile s’envole. Tout n’était qu’imposture. En deuxième année de médecine Jean-Claude Romand est un élève brillant. À la rentrée en septembre, il passe en troisième année. Mais voilà, il a échoué aux examens de deuxième année en mai et ne s’est pas représenté aux rattrapage en septembre. Pendant de nombreuses années, il continuera de suivre les cours sans être inscrit. C’est alors le début du premier mensonge.

Une vie de dupe

Dans le film adapté du roman d’Emmanuel Carrère, Daniel Auteuil marche droit devant sans s’arrêter. La vie de Jean-Claude Romand peut se résumer de cette façon. Une fois le premier mensonge, il n’avait pas su faire marche arrière. Dès lors il s’est inventé une vie qu’il n’avait pas. Il est médecin, chercheur à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) à Genève, interne à l’hôpital de Paris, suit des conférences internationales, assiste à des dîner mondains. Ainsi pendant des années, il s’invente une vie qu’il n’avait pas. Mais après vingt ans, alors qu’il est sur le point d’être démasqué, il décide d’en finir.

La sentence

Le 25 juin 1996, le procès débute. L’enjeu est de comprendre l’histoire de Jean-Claude Romand décrit le soir du drame comme un homme doux. « C’est un monsieur extrêmement gentil, sympathique » diront certains. Le procès durera six jours. Les juges plongeront ainsi durant six jours dans la vie invraisemblable de Jean-Claude Romand. Emmanuel Carrère, présent sur les bancs de la salle d’audience, sera surpris et bouleversé par cette histoire hors-norme. À travers son livre il se fera le témoin du procès car la justice française ne se filme pas et ne s’enregistre pas. Au terme des six jours, il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d’assise de Bourg-en-Bresse le 2 juillet 1996.

L’affaire Romand a inspiré bien des fictions et des romans dont le plus célèbre reste L’Adversaire d’Emmanuel Carrère et porté à l’écran par Nicole Garcia. Dans le film, les noms ont changé pour le besoin de la fiction mais l’atmosphère est là. On se laisse emporter par une histoire qui se fait de plus en plus inquiétante jusqu’au quintuple meurtre et à la tentative de suicide. Fabrice Drouelle a consacré une émission sur France Inter dans son émission Affaires Sensibles.

 

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